Justine Nibala : De la hutte à la villa

Certains diront qu’elle «a percé», pour reprendre une expression toute camerounaise. La chanteuse Baka, qui gratifiait les mélodies du groupe Patengue de ses cris atypiques (Iyé Iyé, Iyé ya i iyé), coule des jours heureux. Ses conditions de vie se sont nettement améliorées, depuis la réception à Mayos, dans l’arrondissement de Dimako, région de l'Est, de sa maison, entièrement équipée. Un don de l'église «La chapelle de la gloire de Christ» qui lui permet d’oublier les mauvais jours.

Depuis le samedi 23 mai 2020, Justine Nibala dort dans une villa, dans son village Mayos, dans l’arrondissement de Dimako, région de l'Est. «C'est désormais un point de repère géographique ici. Nous n'avions jamais espéré avoir ce genre de villa chez nous», confie un riverain. La bâtisse a été offerte à la chanteuse du groupe Patengue par l'église «La chapelle de la gloire de Christ». Ce, après que les cris de détresse de l'artiste soient parvenus aux fidèles de cette église. La cérémonie de rétrocession de l'ouvrage, constitué entre autres, d'un salon, de cinq chambres, d'une cuisine, de trois toilettes et salles d'eau et un forage pour l'approvisionnement en eau potable, s'est déroulée notamment en présence des autorités administratives de Dimako et d'Oswald Baboke, directeur-adjoint du Cabinet civil de la présidence de la République.

« C’est notre maman. Une maman Baka que tout le Cameroun connaît. Nous avons entendu ses cris de détresse. Une fois, elle a dit que si seulement elle pouvait dormir dans une maison pendant le reste de jours qu'elle a encore à vivre sur la terre. C'était vraiment un cri du coeur. Nous avons répondu à ce cri. Nous avons dépêché et sollicité la chapelle de la Gloire de Christ, les frères et les soeurs qui s'y trouvent, pour lui accorder ce don», déclare Crescence Bakoke, leader de «La chapelle de la gloire de Christ». Et d'ajouter que : «Tout ce que nous faisons c'est pour la gloire de Dieu. Nous voulons qu'au travers de ce don, que Dieu seul soit glorifié. C'est ça l'amour. Ce qui est important, c'est de voir le sourire de l'autre, le sortir de la détresse. Nous sommes très contents de voir l'émotion de cette maman en ce jour. La Bible ne dit-elle pas qu'il y a plus de joie à donner qu'à recevoir ? Nous sommes dans la joie par rapport à ce qui se passe aujourd'hui». Montant des travaux, une vingtaine de millions de F CFA, selon l'entrepreneur. Ce, sans oublier les équipements et commodités nécessaires : un salon pour la salle de séjour, une salle à manger, des lits dans toutes les chambres, des marmites et équipements pour la cuisine, des denrées alimentaires, des seaux robinets pour le lavage des mains dans le contexte lié à la pandémie du nouveau coronavirus, etc. Pour l'occasion, la chanteuse a donné une nouvelle illustration de son timbre vocal. Cette voix particulière rendue célèbre notamment par son titre «Djo'oko».

Interprété lors de tournées internationales dans les années 90, la chanson a notamment permis de faire connaître au monde, la culture du peuple Baka. Chanteuse vedette du groupe Patengué, qu'elle rejoint en 1996, Justine Nibala est l’une des premières artistes pygmées à intégrer un orchestre moderne. Mais, elle estime avoir recueilli peu de fruits de sa renommée et de son talent, durant ses heures de gloire. Le groupe Patengué, né au début des années 90, s'est donné pour mission, la revalorisation, la promotion et l'exécution des polyphonies pygmées en particulier et les rythmes de la région de l’Est Cameroun en général.

Patengué, le nom de l'orchestre désigne un rythme traditionnel de la tribu Gbaya que l’on rencontre surtout dans le département du Lom et Djerem (Est), dans l’Adamaoua au Cameroun et en République centrafricaine. Mère d'une dizaine d'enfants et grand-mère d'une vingtaine d'autres, la bénéficiaire a remercié les donateurs. L'espace est idéal pour héberger sa grande famille. Famille à laquelle la chanteuse consacre l'essentiel de son temps aujourd'hui, ainsi qu'à la pharmacopée traditionnelle.


Commentaires

Laisser un commentaire


Autres articles que vous aimerez lire...

  • par / Z’artist
    Aug 31

    Devi’s Mambo: Farewell homage to Manu Dibango

    An artist, particularly of the repute of international Saxophonist Manu Dibango, never dies. Emmanuel N'Djoké (real name) may have quit the music stage physically on 24 March 2020 follow...

  • par / Portrait
    Aug 31

    Footprint of Africa

    Do you ever dream great? Oftentimes, greatness comes from the desire to do extraordinary things. It may simply be the urge to reach beyond the status quo by relentlessl...

  • par / True story
    Aug 31

    Forward Ever… Despite Blindness

    It never rains, it pours. Aged 8, Atangana Guillaume Junior consumed anti-measles and malaria drugs given to him by his father, a chief medical nurse. The medicin...


Besoin d'aide ? Contactez-nous