Le mâle nécessaire

Ça pourrait paraître surprenant, et pourtant ! Il n’y a pas si longtemps, au sein de la rédaction de Nyanga, nous réfléchissions à proposer à nos lecteurs une playlist de titres rendant hommage aux hommes avec petit « h ». Au terme d’un mois qui voyait cohabiter pour la première fois la fête des mères et celle des pères, ça tombait sous le sens. Après des hommages musicaux aux femmes, muses de l’amour et du beau, mère de l’humanité et piliers central de la société, un peu de brosse à reluire pour leur pendant de l’autre sexe, n’aurait pas fait de mal.

Mais au fur et à mesure que nous épluchions les différents répertoires musicaux, la stupéfiante réalité nous est apparue. Si déjà à la base, l’homme en tant que être sexué bénéficie d’une musicographie bien moins prolifique (que la femme), les rares titres qui lui sont consacrés ne sont pas vraiment du registre de l’ode. Entre les « Johny » infidèles et trompeurs de Ange Bagnia ou de Yemi Alade, le « Gigolo » de Nono Flavy, « tous les hommes sont des menteurs » (Mbembe na Mbembe) de Claudia Dikosso ou « le ventre » de Lady Ponce qui résume l’homme aux besoins primaires de la bouffe et devoir conjugal, la mosaïque des portraits masculins est loin d’être flatteuses.

D’ailleurs, même sous sa casquette de père, en principe plus facile à magnifier, il faut le plus souvent aller déterrer dans les tubes des 80’s pour trouver les meilleures perles comme le « Mon père » de Michelle Torr ou encore le « Daddy cool » des Boney M (à qui certains exégètes prêtent même un double sens). Le plus troublant, c’est que les chanteurs hommes eux-mêmes ne semblent pas particulièrement « inspirés » par la défense de leur propre cause. Sans doute de peur de paraître macho, beaucoup préfèrent passer la thématique sous silence ou carrément se livrer dans l’auto-flagellation. L’idée ici n’est évidemment pas de discuter musique et choix de thématiques dans les oeuvres de cet art. Mais le constat pose clairement la question de l’image qui est celle de l’homme dans la société moderne. Autrefois chevaleresque, parangon d’une forme honorable de l’autorité, figure tutélaire du leadership de la cellule familiale et incarnation de la protection, l’image de l’homme semble s’être progressivement étiolée et fait majoritairement miroiter tares et avatars. Avant même leur âge adulte, les jeunes filles parlent déjà des « hommes » avec un brin de dépit sur l’air de « tous pareils » ou « tous irrécupérables ». Les plus âgées y ajoutent une pointe de fatalisme invitant les femmes en couple à « supporter seulement ». Et comme pour les musiciens, certains hommes semblent avoir acté que ces défauts font partie de la nature du mâle et qu’il faut accepter l’inéluctable.

Evidemment, on parle ici de « l’image » projetée par l’homme, en concédant que la réalité des caractères individuels offre bien plus de nuances et absolument plus de positif. Mais nous reconnaîtrons aussi que les réputations de coureurs invétérés de jupon, menteurs, cabotins, insécurisant et parfois irresponsables n’ont pas été volées. Convaincu que LA vertu peut aussi être masculine, il est bon de rappeler que la réussite professionnelle et financière ne suffira jamais à faire un « grand » homme, si l’on ne peut également servir d’exemple dans ses valeurs et sa façon d’être. A cet égard, nos invités de ce mois d’août pourraientils faire office de modèles ? Question espiègle il est vrai. Un Camerounais de la diaspora revenu investir au pays avec succès, un homme de Droit qui à l’inverse a exporté son talent au Barreau américain, ou encore un athlète handicapé qui fait rimer performance avec courage ; il y a de quoi faire en tout cas.


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